Scamville, ou pourquoi les social games ne sont pas la poule aux oeufs d’or

Je souhaiterais revenir ce soir sur une polémique qui a secouée le (petit) monde du v-business mais qui est passée totalement inaperçue en France, elle concerne l’origine plus que douteuse des revenus des casual games hébergés sur les plus grands réseaux sociaux : Scamville: The Social Gaming Ecosystem Of Hell. L’accusation est lourde, mais elle est portée par LE poids lourd de la blogosphère US et dénonce avec force les dérives et arnaques qui avaient libre court il y a encore moins de deux mois.

Pour faire court : la quasi-totalité des social games disponibles sur Facebook sont gratuits, pour gagner de l’argent, les éditeurs sont donc obligés d’afficher des bannières dans leurs jeux. Plutôt que de démarcher les annonceurs un à un, ils s’adressent à des régies qui font office d’intermédiaires entre l’éditeur et les annonceurs. Comme les bannières ne fonctionnent pas, les éditeurs ont donc intégrés de façon beaucoup plus subtile les annonceurs en leur permettant d’être présent au sein de la mécanique du jeu (inscription à un questionnaire en l’échange de monnaie ou biens virtuels) :

Publicités douteuses sur Farmville

Les offres d'annonceurs (plus que) douteux sur Farmville

Au début tout allait bien, jusqu’à un certain moment où les annonceurs les plus généreux étaient en fait les moins scrupuleux et proposaient des arnaques de plus en plus honteuses (test de Q.I. avec réponse par SMS pour récupérer votre N° de téléphone mobile, inscription déguisée à des services à abonnement…). Bref, il y a eu une dérive massive largement ignorée par les éditeurs qui pendant ce temps là engrangeaient de gros bénéfices (plusieurs dizaines de milliers de $ par jour).

La situation a commencée à devenir vraiment malsaine quand quasiment tous les annonceurs (ceux qui payaient le mieux et éclipsaient les autres) étaient des casinos en ligne, spammeurs industriels et autres commerces mafieux de pilules bleues. Une situation paradoxale dans la mesure où les jeux les plus populaires (donc les plus ciblés) sont pourtant les plus “bon enfant” (FarmVille, CaféWorld, FishVille…), une bien mauvaise presse pour des éditeurs qui étaient perçus alors comme les nouveaux rois du v-commerce mais dont la fortune avait été en partie faite sur des arnaques : Zynga Says 1/3 Of Revenue Comes From Lead Gen And Other Offers.

D’abord accueillie avec perplexité, la dénonciation publique de l’auteur de l’article originale a été très rapidement confirmée par un ex-patron repenti : How To Spam Facebook Like A Pro: An Insider’s Confession. Non seulement tout ce qui avait été dénoncé était vrai, mais les pratiques décrites par cet ancien patron de réseau publicitaire sont tout simplement scandaleuses :

  • Utilisation abusive et détournée des informations des “amis” de l’utilisateur pour inciter au clic (et à l’inscription) ;
  • Masquage des bannières frauduleuses aux employés de Facebook (en fonction de leur adresse IP)…

Des aveux qui font froid dans le dos, surtout lorsque l’on regarde les montants que cela représentait pour les éditeurs (et donc indirectement les réseaux comme Facebook et MySpace) : “trickery is profitable“. Malgré de nombreuses plaines déposées par les utilisateurs, il a fallu que le scandale éclate au grand jour pour que les réseaux décident de faire le ménage et de se soucier de leurs membres (Zynga Takes Steps To Remove Scams From Games, RockYou Joins The No Scams Parade. But What’s Facebook Up To?, MySpace Says Zero Tolerance For App Scams, Changes Terms Of Use et enfin Facebook To Increase Enforcement Of Anti-Scam Rule).

Le plus alarmant dans cette histoire est que cet ancien patron nous révèle dans son témoignage deux vérités qui sont dures à attendre : la très grosse majorité des utilisateurs de Facebook ne veulent payer pour rien, le mécanisme de ciblage est largement surévalué, le trafic “subventionné” (gain de points ou monnaie virtuelle en échange de clics ou d’inscription) ne vaut rien car il ne transforme quasiment jamais. Cette polémique nous fait donc réfléchir sur la miraculeuse masse d’utilisateurs de Facebook qui ne demandait qu’à être convertie aux joies des jeux sociaux et s’offraient ainsi à des annonceurs ravis de renouer à nouveau avec des taux de clic oubliés depuis de nombreuses années. Notez que sur d’autres plateformes les choses se passent visiblement mieux avec une offre bien mieux contrôlée (notamment sur Hi5 qui propose sa propre monnaie virtuelle).

Aujourd’hui la situation semble être à peut stabilisée avec une réflexion en profondeur sur les moyens d’éviter que cela ne se reproduise : Should Facebook Create a New Type of Relationship for Game Friends?. Cette réflexion est plus qu’urgente car visiblement d’autres types de dérives sont toujours en cours : Facebook now supports astroturfing in social games. Il est ainsi question de lobbies distribuant de la monnaie virtuelle en l’échange d’inscription à des pétitions visant à faire influencer des membres du gouvernement (cette pratique est baptisée l’astroturfing).

Les lobbies politiques envahissent les jeux de Facebook

Les lobbies politiques envahissent les jeux de Facebook

Encore une fois, ces pratiques sont tolérées car rentables (tout le monde y gagne… sauf l’utilisateur, mais il a cliqué donc tant pis pour lui !). Mais relativisons tout de même en précisant que les revenus en provenance de régies publicitaires ne représentent qu’une partie du C.A. des éditeurs, ils gagnent encore beaucoup d’argent avec la vente de biens virtuels et de campagnes de sponsoring pour des annonceurs plus vertueux.

Au final, cette polémique a été plus que bénéfique car elle a permit de réaligner le marché sur des pratiques plus respectueuses… mais des revenus beaucoup plus faibles ! Ceci n’est pas plus mal car plus les montants sont élevés et plus la tentation est grande de fermer les yeux sur des petits trafics. Il est certain que l’eldorado des social games a perdu de son éclat, mais le potentiel du v-business est toujours intact, charge aux éditeurs de bien travailler leur modèle économique et de ne pas tomber dans les pièges qu’offrent des régies avides de profits rapides. Espérons que cette mini-crise permettra de poser les bases d’un écosystème plus sain.

Découvrez Waatavi, le premier social MMO

Depuis le temps que je vous parle des univers virtuels il me tardait de pouvoir être impliqué dans un projet d’envergure? Laissez-moi donc vous parler de Waatavi, une plateforme sociale de nouvelle génération qui vient juste de rentrer en phase beta. Le site est pour le moment très pauvre mais vous trouverez des tonnes d’infos sur le blog et le profil Facebook.

logo_waatavi

Social Games + Casual MMO = Social MMO

Vous connaissiez déjà les plateformes sociales de jeux comme OMGPOP, Doof ou CasualCollective (à mi-chemin entre casual games et réseaux sociaux). Vous connaissiez déjà les casual MMO comme SmallWorlds ou OurWorld (à mi-chemin entre casual games et jeux massivement multi-joueurs). Et bien Waatavi ce situe à mi-chemin de ces concepts, ou du moins cette plateforme ambitionne de couvrir à la fois les aspects sociaux, virtuels et jeux multi-joueurs. Lors de mes premières rencontres avec les équipes de Pulsanim Interactive nous avons ainsi travaillé sur un concept de simulation de vie  au sein d’une communauté virtuelle centrée sur les jeux multi-joueurs.

Le tableau de bord de Waatavi

Le tableau de bord de Waatavi

L’innovation majeure de ce projet est de proposer une plateforme hybride qui prenne la forme d’un portail communautaire de jeux en ligne et d’un univers virtuel “casual. Donc pour résumer :

  • Vous disposez d’un profil avec des fonctions communautaires classiques (liste d’amis, groupes, badges, messagerie, mur, partage de contenus…) ;
  • Vous créez un avatar qui va évoluer dans un univers virtuel plus immersif (gestion du look mais également des compétences et de l’espace perso – l’appartement) ;
  • Vous participez à des jeux multi-joueurs (avec commentaires, notes, classements et boosts).

C’est la complémentarité de ces deux facettes qui fait l’originalité de la plateforme (qui représente tout de même une année entière de R&D). Aujourd’hui le modèle est finalisé, mais pas les développement, voilà pourquoi la phase beta ouverte cette semaine va se dérouler sur plusieurs mois. L’objectif étant de stabiliser le périmètre d’ici à mars 2010 pour pouvoir ensuite l’enrichir progressivement.

Gros point fort de la partie “univers virtuel”, le décor en all scrolling map que l’on ne retrouve sur aucun autre univers accessible au travers du navigateur. Le look&feel est réaliste et propose un rendu en cell shading intéressant pour bien discerner les avatars :

La place publique de Waatavi

La place publique de Waatavi

Il existe de nombreuses options de personnalisation des avatars (vous noterez au passage que votre avatar n’est pas figé mais se dandine pendant la séance d’habillage) :

La personnalisation de l'avatar chez Waatavi

La personnalisation de l'avatar chez Waatavi

Au niveau des différents espaces communautaires, il n’y a pour le moment qu’un seul plateau où l’on retrouve la discothèque pour faire des rencontres (et oui, car cette plateforme s’adresse avant tout aux ados) :

Les premiers croquis de la discothèque

Les premiers croquis de la discothèque

Sinon vous avez aussi le cinéma où il est possible de visionner des bandes annonces avec vos amis et de faire des commentaires “en séance” :

Le cinéma de Waatavi

Le cinéma de Waatavi

Côté portail, les profils sont assez riches et autorisent un bon niveau de sociabilisation autours des profils (avatars) et des jeux :

Les profils sur le portail

Les profils sur le portail

Pour le moment il n’y a que deux jeux de finalisés mais de nombreux devront suivre (dont des équivalents de Texas Hold’em, jeu de tanks, Mario Kart-like) : Just Draw It et Wordinary. Les parties permettent à 6 joueurs de s’affronter en même temps :

Un jeu multi-joueur sur Waatavi

Un jeu multi-joueur sur Waatavi

Il y a également tout un volet social avec l’implémentation de Facebook Connect qui vous permet de relier vos deux profils (Facebook et Waatavi) afin d’entendre votre graph social (une application Facebook totalement synchronisée est en cours de développement, elle reprendra l’intégralité du contenu). A terme d’autres widgets devaient sortir (notamment pour les blogs et pour les réseaux sociaux compatibles OpenSocial).

Partenariats et messages ciblés

Concernant les contenus, précisons que de nombreux flux sont disponibles dans l’univers : YouTube, FlickR et même Jiwa pour la musique. Ces partenariats ont de l’importance car ils vont permettre de générer tout une dynamique communautaire autour du partage de contenus multimédia in-game où il sera possible d’acquérir une chaine hifi Jiwa qui permettra à l’utilisateur de partager ses titres préférés publiquement, c’est à dire diffuser un titre musical en temps réel à son cercle d’amis connectés (seules les personnes dans la même room pourront l’entendre).

Il existe déjà des univers disposant de partenariats médias solides (je pense notamment à Taatu) mais Waatavi apporte en plus une dimension social gaming non négligeable (grâce à des années d’expérience en tant que prestataire dans le domaine).

Pour ce qui est des annonceurs, ils ne sont pas en reste car la plateforme sera dotée de nombreuses possibilités et formats : bannières, thèmes, interstitiels sur le portail, objets virtuels, évènements, sponsoring dans l’univers… cf. Waatavi For Brands.

Un modèle économique reposant sur l’abonnement et les objets virtuels

Un modèle premium est prévu dés le lancement de la plateforme avec un système d’argent de poche qui sera versé chaque mois pour acheter des objets virtuels ou customiser son avatar. Mais c’est du côté des jeux que l’on trouvera des choses intéressantes avec la possibilité d’acheter des boosts pour améliorer ses performances en partie (extension de temps, malus pour l’adversaire… ex : la peau de banane dans Mario Kart).

Déjà des soldes chez Waatavi ?

Déjà des soldes chez Waatavi ?

Comme vous pourrez vite vous en rendre compte il reste un certain nombre de détails à régler sur la plateforme, mais c’est à ça que servent les phases beta ! En tout cas le projet avance vite et je suis impatient de le voir déployer dans sa totalité. Petit conseil : pour bien apprécier la plateforme je vous recommande de vous y connecter entre 17 H 30 et 18 H 30 pour les Happy Games Hours.

Résumé du Social Gaming Summit 209

L’édition 2009 du Social Gaming Summit vient de fermer ses portes et elle a été très riche d’enseignements. Non pas que j’y sois allé, mais ce que j’ai pu lire sur les différents compte-rendu approte des éclairages tout à fait intéressants sur les spécificités des social games vis à vis des casual games ou des MMOs : In-Depth On The State Of Social Gaming 4 Takeaways From the Social Gaming Summit et Social Gaming Turns Two.

Résumé de ces comptes-rendus :

  • Il y a près de 14.000 social games en activité, un marché en très forte croissance qui ne présente pas de limite de croissance (contrairement au marché des jeux sur console où il ne se vend qu’un nombre définis de jeux dans l’année) ;
  • La mécanique virale de ces jeux est très complexe à appréhender et elle réserve de grosses surprises à l’image de Farm Town qui a su conquérir 10 millions d’utilisateurs en 3 mois (alors que ce jeu ne bénéficie pas des moyens déployés par les leadeurs : Zynga, Playfish, Playdom et SGN) ;
  • L’iPhone est un marché à part car l’App Store recréé les contraintes des réseaux de distribution classiques (avec les têtes de gondoles et autres Top25) ;
  • Facebook est une plateforme incontournable (de part l’audience et Facebook Connect) mais l’ARPU y est plus faible que sur MySpace (30 à 40 cents / mois / utilisateurs pour Facebook contre 50 à 70 cents / mois / utilisateurs pour MySpace) ;
  • Hi5 semble avoir pris un meilleur départ avec son système de paiement intégré (Hi5 coins) qui a été plus tard copié par Pay with Facebook (un très bon moyen de monétiser sa plateforme de façon indolore pour les utilisateurs) ;
  • Twitter est préssenti comme la future plateforme de social gaming à succès (on commence d’ailleurs à voir des jumelage intéressants comme Twoof ou Twittcraft) ;
  • L’atractivité des social games repose sur les interactions sociales et non le jeu en lui-même (avec un gameplay très proche des jeux de société) ;
  • Une bonne partie de la motivation des joueurs repose sur le capital social et la volonté d’entretenir son réseau au travers de petites parties informelles plutôt que des “ça va ? Moi aussi !” ;
  • Les acteurs traditionnels du jeu ne se sont pas encore lancés sur ce créneau (Activision, EA…), des acquisitions seraient à prévoir…
Farm Town sur Facebook

Farm Town sur Facebook

Voilà ce que l’on peut donc retenir de cette manifestation. J’anticipe une très forte montée en puissance du jeu dans le quotidien “social” des internautes. Dans un avenir proche, un individu sera donc présent au travers des différentes facettes de son identité numérique : personnelle, professionnelle et pourquoi pas ludique. Attendez-vous donc à voir fleurir des meta-réseaux sociaux ou agrégateurs de profils de joueurs. Facebook est-il bien placé sur ce créneau avec son Facebook Connect ? Peut-être, mais les industriels du jeu sont plein de ressources et ne se laisserons certainement pas faire.

Et les univers virtuels dans tout ça ? Pour le moment le sujet est encore largement évité par les analystes mais j’anticipe également un rapprochement à moyen terme. Nous commençons déjà à voir des choses intéressantes avec SmallWorlds ou encore Home, mais la frontière reste épaisse entre les mondes virtuels et les plateformes sociales.