Zynga pourrait lancer sa propre plateforme virtuelle et divorcer de Facebook

En ce moment la tension est très forte entre Zynga (le roi de social games) et Facebook (le roi des plateformes sociales). Les raisons de cette tension sont bien évidement économiques mais pourrait avoir d’énormes répercussions si le conflit s’aggravait : Facebook and Zynga Battle Over Credits, and Bigger Platform Issues.

Zynga, le poids lourd des social games

Pour vous la faire courte, Zynga est l’éditeur de social games ayant le plus de succès (Farmville, Mafia Wars, Café World, Texas HoldEm Poker…). Leur force est d’avoir su acquérir en un temps record une grande maitrise des mécaniques de jeux qu’affectionnent les utilisateurs et leurs dernières créations sont des francs succès (Treasure Isle).

x jeux de Zynga sont dans le Top10 de Facebook

7 jeux de Zynga sont dans le Top10 de Facebook

D’après les dernières estimations, les social games de Zynga réunissent 243 millions d’utilisateurs uniques dont 60 millions d’utilisateurs journaliers. Oui c’est énorme, d’autant plus qu’ils ont également mis en place un modèle économique redoutable qui a été stabilisé depuis la tourmente de l’année dernière (Scamville, ou pourquoi les social games ne sont pas la poule aux oeufs d’or). Les revenus proviennent ainsi majoritairement de la vente d’objets virtuels, directement sur le site ou par le biais de cartes prépayées qui sont vendues en grande distribution (les Zynga Game Cards).

ZyngaGameCards

Ils éditent également un mini-univers virtuel (YoVille) proposant une plus grande liberté et des modalités d’interactions plus poussées :

YoVille, l'univers virtuel de Zynga

YoVille, l'univers virtuel de Zynga

Facebook serait-il devenu trop gourmand ?

Nous avons donc d’un côté Zynga qui est le leader incontesté de son créneau (avec une croissance et une rentabilité très solide) et de l’autre Facebook qui aimerait bien profiter de ce succès pour engranger encore plus de C.A. (ils ont une grosse dette à rembourser). Les hostilités ont donc commencées l’année dernière quand Zynga a essayé de reprendre la main sur ses joueurs en tentant de récupérer leur adresse email. La réponse de Facebook a été immédiate : Ils ont modifié le fonctionnement de la Facebook Platform pour neutraliser le système de notification (un mécanisme essentiel à la croissance des social games).

Le conflit entre les deux sociétés est maintenant bine plus grave puisqu’il est question du coeur même du modèle de revenu : Facebook essaye d’imposer à Zynga sa monnaie virtuelle (les Facebook Credits) et ses conditions (une commission de 30% sur les revenus). Problème : 30% c’est beaucoup, surtout pour une monnaie virtuelle dont le fonctionnement n’est pas encore stabilisé et dont l’éditeur a pris la très mauvaise habitude de changer les règles du jeu quand ça l’arrange.

Partant du principe que Zynga maîtrise sa propre monnaie virtuelle ainsi que son réseau de distribution (les Game Cards), pourquoi devraient-ils se faire imposer les conditions de Facebook ? Ils ont donc entamé l’année dernière une stratégie de désengagement avec notamment le lancement de FarmVille.com et plus récemment celui de YoVille.com. Le but de cette manoeuvre étant de réduire leur dépendance aux réseaux sociaux (cf. Zynga Shutting Down YoVille On Tagged, Opening YoVille.com).

Le fait d’héberger ses propres jeux est un plus indéniable car cela leur donne toute liberté sur les évolutions technologiques et sur les leviers de monétisation. Un luxe que seul Zynga semble pouvoir se permettre car ils ont dépassé depuis longtemps la masse critique d’utilisateurs nécessaires. Pour les éditeurs de plus petite taille c’est une autre histoire : Ils n’ont d’autres choix que de se faire imposer les conditions de Facebook (cf. Facebook’s Darth Vader Grip On Game Publishers).

Vers une indépendance totale de Zynga ?

Sur sa lancée, Zynga envisage donc de passer à la vitesse supérieure et de lancer son propre portail de casual gaming (Zynga Live) afin de couper totalement les points avec les réseaux sociaux : Zynga plans Zynga Live site to diversify away from Facebook. Certes, la manoeuvre est risquée et Zynga a toutes les chances de voir ses revenus baisser (Zynga’s Profit Machine At Risk) mais j’imagine que l’opportunité de piloter son propre navire est tentante.

Les modèles sud coréens et japonais (Nexon, Ijji, NCSoft, NDoors, gPotato, GamesFirst…) doivent motiver les patrons de Zynga à acheter leur indépendance, car il y aura bien un prix à payer.

Un rapport de force inversé : Rentabilité vs. audience

Dans cette histoire j’ai le sentiment que Zynga est tout de même en rapport de force par rapport à Facebook malgré l’audience colossale de ce dernier. Le problème est que l’audience ne vaut rien si elle n’est pas transformée en bénéfices. Et sur ce point-là Facebook c’est rendu dépendant de Zynga car ils comptent bien sur leur commission de 30% pour remplir leurs caisses. Rappelez-vous que dans l’absolu, Facebook n’est qu’un intermédiaire. Et l’intermédiaire est celui qui est dans la position la plus fragile, même avec 400 millions (ou 1 milliards) d’utilisateurs.

Il y a toutes les chances pour que la séparation ai lieue, mais dans un contexte plus serein : DST, l’investisseur commun des deux sociétés, saura calmer le jeu. Mais il ne calmera certainement pas l’inquiétude des éditeurs de plus petite taille qui seront toujours tributaires du bon vouloir de Facebook et de ses changements réguliers de conditions générales d’utilisation. Donc dans cette histoire, c’est tout l’écosystème de Facebook qui pourrait être déstabilisé.

C’est donc un sacré challenge que Zynga doit relevé, mais pas le dernier car ils devront également mener bataille sur le terrain des mobiles avec un autre acteur de taille (et pas moins féroce) : Apple. Affaire à suivre…

MàJ (19/05/2010) : Visiblement les choses se sont calmées car les deux sociétés viennent d’annoncer un partenariat renouvelé qui garantie (vérouille ?) la présence des jeux de Zynga sur Facebook pour les 5 prochaines années (Facebook and Zynga Enter Into Long-Term Relationship). Difficile de dire quels sont les termes exacts de ce partenariat. Certaines “sources internes” prétendent que Facebook est resté inflexible sur le montant de sa commission pour les Facebook Credits (30%), j’imagine que Zynga a du négocier le droit de continuer à utiliser des moyens de paiement alternatifs (dont sa propre monnaie).

Toujours est-il que cette annonce nous prouve que Facebook sait faire pression sur les éditeurs (Zynga’s Losing Streak Continues) et qu’il n’est pas prêt à rogner sur sa marge.

Résumé du Social Gaming Summit 209

L’édition 2009 du Social Gaming Summit vient de fermer ses portes et elle a été très riche d’enseignements. Non pas que j’y sois allé, mais ce que j’ai pu lire sur les différents compte-rendu approte des éclairages tout à fait intéressants sur les spécificités des social games vis à vis des casual games ou des MMOs : In-Depth On The State Of Social Gaming 4 Takeaways From the Social Gaming Summit et Social Gaming Turns Two.

Résumé de ces comptes-rendus :

  • Il y a près de 14.000 social games en activité, un marché en très forte croissance qui ne présente pas de limite de croissance (contrairement au marché des jeux sur console où il ne se vend qu’un nombre définis de jeux dans l’année) ;
  • La mécanique virale de ces jeux est très complexe à appréhender et elle réserve de grosses surprises à l’image de Farm Town qui a su conquérir 10 millions d’utilisateurs en 3 mois (alors que ce jeu ne bénéficie pas des moyens déployés par les leadeurs : Zynga, Playfish, Playdom et SGN) ;
  • L’iPhone est un marché à part car l’App Store recréé les contraintes des réseaux de distribution classiques (avec les têtes de gondoles et autres Top25) ;
  • Facebook est une plateforme incontournable (de part l’audience et Facebook Connect) mais l’ARPU y est plus faible que sur MySpace (30 à 40 cents / mois / utilisateurs pour Facebook contre 50 à 70 cents / mois / utilisateurs pour MySpace) ;
  • Hi5 semble avoir pris un meilleur départ avec son système de paiement intégré (Hi5 coins) qui a été plus tard copié par Pay with Facebook (un très bon moyen de monétiser sa plateforme de façon indolore pour les utilisateurs) ;
  • Twitter est préssenti comme la future plateforme de social gaming à succès (on commence d’ailleurs à voir des jumelage intéressants comme Twoof ou Twittcraft) ;
  • L’atractivité des social games repose sur les interactions sociales et non le jeu en lui-même (avec un gameplay très proche des jeux de société) ;
  • Une bonne partie de la motivation des joueurs repose sur le capital social et la volonté d’entretenir son réseau au travers de petites parties informelles plutôt que des “ça va ? Moi aussi !” ;
  • Les acteurs traditionnels du jeu ne se sont pas encore lancés sur ce créneau (Activision, EA…), des acquisitions seraient à prévoir…
Farm Town sur Facebook

Farm Town sur Facebook

Voilà ce que l’on peut donc retenir de cette manifestation. J’anticipe une très forte montée en puissance du jeu dans le quotidien “social” des internautes. Dans un avenir proche, un individu sera donc présent au travers des différentes facettes de son identité numérique : personnelle, professionnelle et pourquoi pas ludique. Attendez-vous donc à voir fleurir des meta-réseaux sociaux ou agrégateurs de profils de joueurs. Facebook est-il bien placé sur ce créneau avec son Facebook Connect ? Peut-être, mais les industriels du jeu sont plein de ressources et ne se laisserons certainement pas faire.

Et les univers virtuels dans tout ça ? Pour le moment le sujet est encore largement évité par les analystes mais j’anticipe également un rapprochement à moyen terme. Nous commençons déjà à voir des choses intéressantes avec SmallWorlds ou encore Home, mais la frontière reste épaisse entre les mondes virtuels et les plateformes sociales.